1944 : Maurice Rousseau et l’opération Loyton

1944 : L'armée allemande harcelée par le maquis, la 1ère armée française et les 3e et 7e armées américaines, se réorganise derrière les défenses naturelles du massif des Vosges qui protège l’accès à la plaine d’Alsace donc au Rhin.

Le général Patton élabore alors une stratégie en lançant l’opération Loyton. Une centaine d’hommes du SAS (Special Air Service, unité d’élite de l’armée britannique) sont parachutés en Vosges.

2344259 1Dans la nuit du 9/10 septembre à Réchicourt, parachutage du groupe du lieutenant Maurice Rousseau, 10 hommes, à l’époque on les appelait les « special paratroopers ». Leur mission est le renseignement et le sabotage des voies de communication Strasbourg-Nancy. Ils opèrent dans des conditions particulièrement difficiles. Le groupe agit indépendamment du groupe principal.

Maurice se réfugie chez la famille Verdonalce, puis dans un deuxième temps chez le Curé Singer. Lorsque les Allemands arrivent pour s’installer au presbytère, le curé leur montre toutes les chambres sauf celle où se cache Maurice. L’officier allemand insiste pour voir cette pièce. Le curé ouvre donc tranquillement la porte. L’officier qui ne jette qu’un coup d’œil furtif sans entrer dans la pièce, dit : « je prends cette chambre » et referme la porte sans s’apercevoir que Maurice est caché derrière elle. Les jours suivants, Maurice se cachera dans le clocher de l’église et la nuit venue, rejoindra ses hommes (cachés ailleurs) pour effectuer la mission.

Maurice Rousseau et ses hommes ont effectué le sabotage de la route Strasbourg/Nancy et réussi à embusquer un véhicule allemand, s’accaparant d’une documentation officielle que Maurice remettra seul, à une patrouille américaine venue à sa rencontre. Les Américains voulaient que Maurice se replie avec eux. Ce qu’il refuse ne voulant abandonner ses hommes. Le commandant du Lt Rousseau qualifiera la mission de « extremely well done ».

Les Allemands s’accrochent au groupe à Blâmont/Domèvre. Rousseau et ses hommes réussissent à les décrocher. Cependant à Igney, le 17 ou le 20 septembre (la date varie selon la documentation), le lieutenant Rousseau et le cpl Galmard seront tués en protégeant un des leurs, blessé, soit le tpr Centolle. Centolle leur a probablement sauvé la vie en une autre occasion. La majorité des documents affirment que Rousseau a été blessé puis exécuté. D’autres qu’il est mort au combat.

Ceux  qui ont survécu se sont dirigés vers Raon pour rejoindre le groupe principal (les circonstances feront que les rescapés rejoindront en fait la 3e armée US en direction de Lunéville).

La stratégie du général Patton était que la 3e armée US devait mener une offensive-éclair dès que le maquis et les SAS entreraient en action, prenant ainsi les Allemands par surprise. Casser le front allemand en perçant le centre du massif et plonger droit sur le cœur de l’Alsace par la vallée de la Bruche. L’astuce consistait par passer par là où les Allemands ne le prévoyaient pas.

Cependant grâce à leur service de renseignements, les Allemands les y attendaient. Leur but étant de bloquer les Alliés contre le massif des Vosges. N’oublions pas que nous sommes aux portes de l’Allemagne. Hitler avait ordonné au Groupe d’Armées G  de « tenir coûte que coûte le massif « vosgien ». Donc, la 3e armée US est immobilisée face à l’offensive allemande nommée la « Waldfest ».

La systématique et implacable chasse aux « terroristen » menée par les « Einsatz Kommandos » commence. S’en suivit l’écrasement du maquis et des populations civiles de la vallée du Rabodeau, 1.500 civils prisonniers dont 1.050 ne reviendront jamais des camps de concentration, en plus de 1.200 autres civils tués, 40 SAS faits prisonniers dont bon nombre exécutés, 39 tués au combat.

Devant l’inutilité flagrante de poursuivre le gaspillage en vies humaines et le fait que la 3e armée US prise avec des problèmes de ravitaillement, est bloquée par le « 17 SS Panzer grenadier Division Götz von Berlichingen » et  que la 7e armée US est  aspiré  vers le Nord afin de protéger le flanc de la 3e armée de Patton. L’abandon de l’Opération Loyton fut donc convenu le 9 octobre. Le colonel Franks décida alors d’exfiltrer les rescapés vers les lignes alliées près de Baccarat. L’exfiltration sera cauchemardesque et lourde en mortalités, mais vu les évènements, c’était la seule chose à faire.

Empêchant ainsi l’avancée alliée, l’état-major allemand put mettre à profit 2 mois de répit, pour renforcer ses positions sur la plaine d’Alsace. Il pourra ainsi opposer 200.000 hommes au moment de la principale offensive alliée. Ceux de la 19e armée qui a pansé ses plaies de la bataille de la vallée du Rhône et ceux des 1ère et 5ème divisions blindés (les fameux panzers, « chars d’assaut » allemands) qui considéraient les chars d’assaut américains comme de simples boîtes d’allumettes. Ils n’avaient pas tout à fait tort.

Parmi les aspects positifs de l’opération Loyton, notons que les Allemands ont été obligés de puiser dans leurs forces du front de l’Est et de dégarnir le Sud du massif des Vosges, donnant ainsi champ libre à la percée de la 1ère armée française du général Leclerc sur Strasbourg. La guerre, c’est aussi un jeu d’échec et une action amène toujours une réaction de la part de l’ennemi.

Durant toute l’opération, les SAS ont été hébergés, nourris et soignés par de courageuses familles des Vosges. Celles-ci disaient : « Ces hommes étranges, venus d’une « autre planète » mais si dynamiques, si courageux, très jeunes et porteurs d’un immense espoir, sont vite devenus des « enfants d’ici ».

Dès la libération du territoire, s’en suivit une traque contre les nazis responsables de l’exécution des parachutistes du SAS et des habitants de la région, par une équipe secrète du SAS conduite par le major Eric Barworth. En écrivant cet article, j’ai vraiment compris la signification de la devise des mousquetaires : « Tous pour un et un pour tous ».

Dans la correspondance qu’entretenait Maurice avec mon père (François), je me suis rendu compte aussi que Maurice savait qu’il ne reviendrait pas vivant. Il était marié à une Anglaise nommée Agnès Hornby et un édifice du Collège militaire royal de Petawawa porte le nom : Les frères Rousseau.

Voici un autre article très intéressant sur Philippe et Maurice Rousseau écrit par M. Jean-François Blanchette, vice-président de la Société Québécoise d'Ethnologie : 

http://ethnologiequebec.org/chemin-de-croix-de-medard-bourgault-pour-deux-jeunes-heros-de-guerre/

 

Dscn9973

Monument à Igney

Sources :

Documentations de François Rousseau, frère de Maurice.

Eudes Turane : La bataille des Vosges (1944), 04/11/14 

Pierre Lagacé : Souvenirs de guerre, L’Opération Loyton. 05/03/ 2010

Oscar Gérard : Résistance et déportation dans la vallée du Rabodeau, 03/02/07

www.resistance-deportation.org : L'Opération Loyton 13 août à la fin octobre 1944,

Wikipédia : Bataille des Vosges (Seconde Guerre mondiale)

Rapport d’enquête du Major Barkworth : Missing Parachutists

Mémorial virtuel de guerre du Canada : Maurice Rousseau décédé le 20/09/44

 

 

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Commentaires (1)

1. geant joel 31/08/2017

bonjour à vous ...Votre parent,
Le lieutenant Maurice Rousseau a été recueilli par Irène VERDENAL et non pas VERDONALCE
Maurice ROUSSEAU est mort suite à sa grave blessure par grenade, pres du cimetière de Igney
Irène VERDENAL et son frère Robert HONOR sont tous deux inhumés dans le même cimetière à IGNEY/Avricourt
Je connais bien la famille Verdenal et Honor, et au musée "espace de mémoire" à VEZELISE, nous allons exposer un fusil trouvé tout près de l 'endroit ou le combat a eu lieu
bien respectueusement à vous
joel Géant Nancy

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